Negros à vélo

24 janvier 2017

Siquijor - Dumaguete

Le 19 janvier, nous reprenons la route. Le ciel est menaçant mais pour la première fois depuis trois jours, nous nous réveillons sans pluie. 

Cette fois, nous quittons Siquijor. 
Sur le port, avant d'embarquer, un gentil monsieur s'approche de nous, attiré par les vélos : "j'ai fait toutes les Philippines à vélo !"... il ne faut pas une parole de plus pour que zozo déplace toute son attention sur ce gentil personnage. Nous embarquons donc en la compagnie de Paco qui nous parle de sa vie depuis des années aux Philippines. Tout en parlant, nous comprenons qu'il a bien roulé sa bosse sur son bolide. À un certain moment de la traversée, nous lui demandons - une question parmi d'autres - quel a été son plus long trajet à vélo ... "les deux fois où je suis venu jusqu'aux Philippines... à vélo" nous répond-il alors ... "QUOI ???????" ... nous avions bien entendu : zozo trouva son gourou, je me préoccupai intérieurement de mon sort sur la selle ...

Nous passons le reste de la traversée à parler des voyages de Paco. Et des voyages, il en a fait ! Chacun au gré d'opportunités qui se présentaient à lui. À présent, lié par d'autres obligations, il ne fait plus d'aussi longs voyages dit-il ... le dernier il ne l'a fait que de l'Europe à Dubaï ... " gloups " ... 

Notre échange est également l'opportunité d'en savoir plus sur la vie d'expatrié ici, sur les paradoxes d'un pays qui conjugue "foreigners" au conditionnel, qui accorde sourire toujours au pluriel, dont évolution se fait sur fond de religion ... on parle, on parle ... on en apprend, on en apprend ... si bien que nos deux heures de traversée filent en mode secondes ... 

Dumaguete

Nous y avions déjà gouté une première fois, en nous rendant à Siquijor le temps d'une journée ; et nous avions aimé : petite ville vivante, remplie d'étudiants, un peu bordélique, comme toute ville somme  toute de ce côté-ci du globe. Une petite ville bien sympathique, avec sa longue promenade sur la baie, ses nombreux restaurants, ses marchés animés et rues peuplées ... Y revenir nous fait plaisir. Ce fut l'opportunité de gouter à son ambiance nocturne, un peu branchée et touristique ... Ça fait du bien de retrouver une ambiance un peu huppée, un peu tamisée, très fréquentée, après deux semaines de "retraite" à Siquijor la tranquille. Nous ne nous y attardons cependant pas ...

sur la terrasse du Yahayay

Dumaguete - Tambobo Bay

... le lendemain, nous enfourchons nos vélos direction sud et ouest ... au programme : une quarantaine de kilomètres jusque Siaton. Les premiers coups de pédales hors de Dumaguete nous font réaliser combien Palawan est reculée et peu développée, et Siquijor provinciale. En effet, ici, le long de la route : des maisons, des constructions, les barangays se succèdent... autant que les camions, tricycles, mobylettes qui nous doublent. Le trafic est fluide, et l'attention durant la conduite doit être accentuée car d'une part, il n'y a pas de bande de stationnement comme à l'habitude sur laquelle nous pouvons rouler ou nous rabattre et, d'autre part, les véhicules roulent à une vitesse assez élevée ... 

Tout le long de la côté, des resorts sont installés. La plupart avec centre de plongée. Attirant le touriste vers les fonds marins riches en coraux et ver l'ile d'Apo, visible au loin depuis le rivage. La plage ici est de sable noir volcanique. Nous nous arrêtons à Malatapay, un barangay d'où partent les bangkas pour l'ile d'Apo et où, tous les mercredis un curieux marché au bétail, légumes et brols en tout genre a lieu. Nous sommes dimanche, et les nombreux étals vides de marchandise nous font imaginer l'ambiance de ce marché : ils sont disposés le long d'une longue rue. Le mercredi, ce doit être bondé de monde, de marchands, de marchandises ... derrières ces étals, une grande place, où prennent place les marchands de bétail en tout genre. Mais aujourd'hui le marché vidé rendent l'ambiance un peu fantôme ... 
étals vides du marché de Malatapay
un peu en retrait, derrière les étals : place du marché aux bestiaux à Malatapay

Nous nous posons sur la terrasse d'un petit établissement au bord de l'eau... l'unique établissement à la ronde. Nous y sommes extrêmement bien accueillis, nous nous régalons, d'autant plus que la vue sur l'ile d'Apo est magnifique. Le temps était si lumineux et chaud que nous décidons de nous poser en attendant un soleil un peu plus blême ... c'était sans savoir que quelque chose d'autre se tramait dans le ciel pas si loin : de la pluie et du vent à gogo ... nous voyons arriver la chose depuis Cebu au loin. Très vite, le ciel s'obscurcit, la pluie se met à tomber, le vent fait le reste et l'ile d'Apo disparaît de notre vue ...
vue sur l'ile d'Apo du Dream Beach Café à Malatapay
la pluie arrive, l'ile d'Apo disparait...
...et réapparait ensuite...
...petit à petit
La pluie passée, nous décidons de reprendre la route... il reste moins de trente kilomètres pour arriver à la ville de Siaton, dont une sérieuse montée : on ne peut avoir meilleur temps pour l'affronter - frais et couvert ... mais la montée n'est pas une simple ascension : son dénivelé est faible, certes, mais ça monte 10 kilomètres durant ... le paysage nous console : des habitations de gentils agriculteurs, sur fond d'immenses champs de canne à sucre, sur arrière plan de montagnes escarpées... avec le soleil qui se couche au loin sur notre gauche, quelque part sur la mer, le spectacle est magnifique.

Une fois la nuit tombée, nous nous rendons compte qu'il sera difficile d'arriver à Siaton : soso est à bout de forces, l'humeur commence à en prendre un coup et tous les véhicules semblent aller plus vite  la nuit... nous considérons de dormir dans une petite église en haut d'une butte mais essayons avant de demander un homestay dans un sari-sari le long de la route ...

... les habitants nous conseillent alors de bifurquer et d'aller à Bonbonon, près de la côte ... là-bas, parait-il, il y a une pension ... nous empruntons alors un chemin de traverse : une route, asphaltée, qui ne cesse de descendre, et qui est totalement plongée dans le noir. Nous pouvons du coup tester nos lampes dans de bonnes conditions. Elles fonctionnent bien. Quelle étrange sensation : dévaler prudemment une route plongée dans une collante obscurité. Ne rien voir sur notre passage. Suivre la route mètre par mètre. Freiner et entendre le bruit incessant de la nature tout autour ... nous sommes happés dans la nuit, nous ne pouvons nous défaire de son manteau ... nous avançons à l'aveuglette.

Aucun repère.

Après près de 7 kilomètres, nous arrivons dans un village déjà endormi, nous recevons des indications sur la route à suivre de quelques habitants encore debout. Tous nous disent de nous rendent chez un certain (ou une certaine ?) "Naijel" dans une direction qu'ils pointent du doigt... la route n'en finit pas, nous n'avons aucune idée de où nous sommes. Nous continuons de descendre jusqu'à sentir dans l'air que la mer est sans doute très proche. Nous continuons dans le noir, la mer est à présent juste à côté de nous. Nous devinons sur ses eaux d'innombrables bateaux. Plus loin sur une route qui devient de pierre, des bateaux comme échoués sur la rive, ensuite route de sable, immense flaque d'eau, puis petit chemin de terre, qui monte, entre des arbres, mais où allons-nous donc ? Nous nous sentons comme enfermés ... va-t-on déboucher quelque part ? Où nous engouffrons-nous ? Nous arrivons finalement au Tongo Sail inn ...où Nijel nous accueille : un petit bonhomme, aux cheveux longs, enjoué par l'alcool, à l'humour très british ... nous sommes chez lui, dans sa guesthouse, un endroit complètement décalé, au bord de ce que nous devinons être de l'eau, ... Dans son restaurant, un vieux loup imbibé à l'accent américain et ses deux jeunes poulettes filipinas enjouées, et un autre couple mixte sirotant des bières ... quel est donc ce repère de vieilles épaves au fin fond de la Tambobo bay ? ... "je vis ici depuis tellement longtemps, j'y construis des bateaux après avoir navigué partout dans le monde !" nous raconte Nijel ... il nous montre alors des photos des ouvrages qu'il construit : des yachts ! ... de précieux yachts flambants neufs ! La Tambobo bay, un peu plus loin, est une belle baie tranquille où viennent se poser des yachts ... une soixantaine nous précise-t-il ! ...mais ils sont sur l'autre baie à côté, où se trouvent les resorts ... nous, nous nous sentons bien ici, dans ce petit bar "fourre-tout" et dans notre "cabine" comme l'appelle Nijel : le bungalow tout de bambou, la salle de bain sous les étoiles où nous passerons la nuit !

... le lendemain au réveil ... nous réalisons le décor dans lequel nous avons passé la nuit ...


le bar - restau du tongo sail inn
le native bungalow de Tongo sail inn :
ouvert sur la nature -
sanitaires à ciel ouvert !!

Tambobo Bay - Casa Rosario Resort Village

Nous quittons le Tongo sail inn en trainant les pieds ... nous y serions bien restés un peu plus ... mais une quarantaine de kilomètres nous attendent. 

Durant ces quarante kilomètres, nous nous régalons des paysages. La route, plutôt plate, nous permet de profiter des paysages : la mer que nous longeons sur la gauche, des champs immenses de palmiers, des champs de canne à sucre, des rivières, nous traversons beaucoup de rivières qui à deux pas se jettent dans la mer. Nous traversons d'innombrables villages, croisons comme à l'habitude des sourires. Sur notre droite, quand ce ne sont pas des palmiers et des cocotiers qui nous toisent, ce sont les hauteurs de Negros : imposantes montagnes qui défient le ciel. 
...sur le chemin, petite pause, la plage est caillouteuse.
pierres volcaniques dans l'eau 
Nous traversons Siaton, une petite ville avec son université, une grande église, un beau petit parc bien kitsch et un marché immense s'étalant sur plusieurs rues et à différents endroits de la ville... Après Siaton, tout est beaucoup moins développé : nous avons des difficultés de trouver de l'eau en bouteille à vendre et l'anglais est beaucoup moins courant ...mais ce qui surprend, ce sont ces grandes et très belles demeures érigées par-ci par-là sur la route, voisines de maisons de bambous branlantes...

marché à Siaton
mobilier urbain à Siaton
parc public à Siaton
On enfile les kilomètres, on se régale des paysages, mais la fatigue nous rattrape... nous arrivons péniblement au Casa Rosario resort village - resort fantomatique, règne du mauvais gout ... cependant, le lendemain matin, nous ne crachons ni sur son bord de mer déserté ni sur sa piscine des horreurs qui nous fait le plus grand bien ... 


le casa rosario beach resort village ... empire du mauvais gout !!! 

Un peu plus loin ... au bord de l'eau ...




Casa Rosario Resort Village - Game Over à Bayawan ! 

Un début de tendinite surprend soso sur la route ... nous arrivons péniblement à Bayawan ...où une pause s'impose !! 90 kilomètres nous séparent déjà de Dumaguete ...


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